"Tu veux que je te dise un secret, petite Mia?"

C'est fou, en 17 ans de vie en ce monde, je n'ai jamais ressenti un tel besoin. C'est presque vital, viscéral, guttural... et tous les mots finissant par "al" qui peuvent signifier que mon corps tout entier me pousse à approcher mes lèvres de les siennes et de les lier à tout jamais. Chaque foutu pore de mon corps de lâche est attiré, aimanté! par le sien, qui sous sa veste en cuir représente le trésor tant convoité de toutes les filles du lycée. Même les lesbiennes. C'est pour vous dire.

Mes yeux glissent malgré moi vers ses lèvres pulpeuses et courbées en un sourire, ses petites fossettes provocant un ouragan dans mon âme. Je ressens des choses vraiment étranges en moi et c'en est presque dérangeant.

"Ou-oui."

Merde, mais depuis quand je bégaye moi?!

Le fait qu'il ait déjà réussi à me déstabiliser aussi facilement fait grandir encore plus son sourire; il prend goût à ce qu'il fait! Mais visiblement il adore faire durer le suspens, moi j'ai envie de le savoir ce foutu secret..!

Sans que je m'en rende compte, nos visages se sont rapprochés l'un de l'autre; en fait moi je n'ai pas bougé, trop tétanisée pour faire quoi que ce soit en réalité, mais Conrad approche son visage du mien comme le ferait un prédateur avec sa proie. Il me test, me goûte pour me rendre aussi animée qu'un légume bourré aux hormones en ébullition.

"Tu mens. Tu ne me détestes pas. Et je peux même te dire que tu m'apprécies... ou plutôt que ton corps m'apprécie, lui."

Est-ce vraiment ce qu'il vient de dire ou je rêvais..?

Une sorte d'automatisme me fait serrer les cuisses et baisser les yeux; je suis pathétique.

"N'importe quoi." Je dis après avoir misérablement éclairci ma voix, chose ratée car elle sonne avec au moins 10 octaves trop hautes. On dirait le miaulement d'une chatte en chaleur.

Il sourit puis se redresse, faisant envoler avec lui l'espoir qu'il m'embrasse. Pathétique! Me hurle ma conscience.

Son regard quitte le mien pour se fixer droit devant lui, un sourire fier toujours plaqué sur son formidable faciès. Je tente de mon côté de reprendre de la contenance, me redressant et regardant à nouveau par la fenêtre, ma fidèle compagne. Je me dois inévitablement d'avouer qu'il est plutôt doué dans ce qu'il fait, c'est-à-dire déstabiliser la gente féminine. Hélas, ma raison me murmure avec pitié que je dois être la énième fille à qui il joue son petit tour.

Je soupire, décidément, je suis bien plus naïve que ce que je m'imaginais.

"La balle est dans ton camp, Mia."

Je le regarde brusquement, les yeux écarquillés; la manière dont il a prononcé mon prénom était lourd de sous-entendu, presque malsain, si bien que je me demande à quel jeu il joue réellement, car à l'entendre ce n'est pas le même type d'amitié qu'il conçoit que celui auquel je pensais.

Alors vous me demanderez probablement pourquoi à ce moment là, au lieu de l'ignorer comme à mon habitude, je lui tends ma main.

Il me regarde en haussant un sourcil, toujours ce sourire insolent qui me nargue.

"C'est d'accord." Je dis avec un ton qui se veut implacable et stable... Mais c'est sans compter le tremblement compulsif, presque spasmodique que subit ma main.

Il fronce les sourcils, comme s'il se méfiait de mon acceptation si soudaine et aisément recueillie. Il pensait que le petit jeu auquel il jouait durerait plus longtemps... et moi aussi, d'ailleurs. Mais quelque chose en moi, au plus profond de mon être, m'a poussée à foncer tête baissée sans me préoccuper des conséquences que cette main tendue pouvait avoir.
Et je le regrette amèrement.

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